Éc(h)o-textes : Man Grove et la Ville-Rhizome

Auteurs

  • Jean-Louis Cornille Université du Cap

DOI :

https://doi.org/10.51777/relief12376

Mots-clés :

villes, mangroves, pierres, volcans, Patrick Chamoiseau, René Girard

Résumé

Déjà timidement présente dans les deux premiers romans de Chamoiseau, la ville est au cœur de son roman le plus connu, Texaco (1992), où elle se présente sous les dehors d’un troisième terme, entre « L’En-ville » et la campagne : une « mangrove urbaine ». Le quartier de Texaco, en bordure de Fort-de-France, se développa à la suite de l’éruption volcanique qui ravagea la ville de Saint-Pierre. Vingt-cinq ans séparent la parution de ce roman en 1992 de l’abandon par Chamoiseau d’un vaste projet urbain intitulé le « Grand Saint-Pierre » que l’auteur lança en 2012. Entre ces deux plans d’urbanisation qui se font écho, l’un, fictionnel, portant sur un quartier créole voué à la destruction, l’autre sur le réaménagement bien réel d’une ville autrefois dévastée par l’éveil de la Montagne Pelée, l’œuvre de Chamoiseau a mis en place un vaste réseau éco-textuel d’où la ville a provisoirement disparu : de L’Esclave vieil homme et le molosse (1997) à Biblique des derniers gestes (2002), la forêt comme la mangrove sont redevenues le chaos maléfique qu’elles étaient au départ. Cependant un nouvel imaginaire va s’imposer dans Matière de l’absence (2016) : en passant de la fiction au réel, on a délaissé la viscosité des marécages pour le « dur » ; non pas celui du « béton » qui s’éternise, mais, selon un tout autre imaginaire, celui de la « Pierre-monde », version concrète du « Tout-Monde » glissantien, faite de lave durcie et de ruines. Une minéralité qui se laissait déjà deviner dans le geste de lapidation qui accueillit l’urbaniste, venu inspecter les lieux insalubres avant de se muer en sauveur, ce qui lui vaudra le surnom de Christ. Du reste, l’intertexte biblique qui foisonne dans Texaco ne trahit-il pas une volonté de faire écho, par-delà Glissant, aux propositions de René Girard sur la violence et le sacré ? Si les thèses de ce dernier s’y laissent aisément repérer, elles n’en seront pas moins abandonnées dans Matière de l’absence, roman dominé par une vision plus pacifiée du monde.

Biographie de l'auteur

Jean-Louis Cornille, Université du Cap

Jean-Louis Cornille est professeur émérite de l’Université du Cap. Auteur de divers ouvrages sur la poésie du 19e et le roman du 20e siècle en France, il s’est, ces quinze dernières années, tourné vers les écritures antillaises et océano-indiennes. Il enseigne actuellement aux universités d’Antsiranana et de Toamasina, à Madagascar.

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Publiée

2022-07-08

Comment citer

Cornille, J.-L. (2022) « Éc(h)o-textes : Man Grove et la Ville-Rhizome  », Relief: Revue Électronique de Littérature Francaise, 16(1), p. 166–176. doi: 10.51777/relief12376.