Appel à contributions : « La littérature au milieu. Pour un mésorécit »

20-03-2026

« La littérature au milieu. Pour un mésorécit », sous la direction de Sara Buekens, Colin Pahlisch et Gaspard Turin, Relief, vol. 21, n°2, 2027

Le comité de rédaction de Relief – Revue électronique de littérature française (https://revue-relief.org) vous invite à proposer des contributions pour un dossier thématique sur la notion de mésorécit dans la littérature contemporaine de langue française : entre les grands récits globaux et les microrécits intimes, comment la littérature parvient-elle à saisir un espace intermédiaire, celui des milieux, des communautés et des espèces, à des échelles ni trop vastes ni trop réduites ? Les contributeurs seront invités à explorer comment certains auteurs contemporains construisent des récits attentifs à l'agentivité collective, humaine et non humaine, dans des territoires et des communautés à taille intermédiaire. Ce dossier sera dirigé par Sara Buekens (Université de Gand), Colin Pahlisch (Université de Lausanne) et Gaspard Turin (Université de Lausanne, Université de Genève).

La littérature contemporaine, lorsqu’elle est en prise avec les grands enjeux écologiques de notre temps, et lorsqu’elle participe aux récits de l’époque qu’elle contribue à transmettre, a beaucoup à voir avec la notion de milieu. D’une part dans le sens de territoire, d’habitabilité, à la suite notamment des travaux d’Augustin Berque (2014) sur la mésologie, d’Ursula Heise (2008) sur la tension entre écologie globale et locale, ou de Nathalie Blanc (2008, 2015) sur la ville comme milieu de vie. Il s’agit alors de faire récit de son quartier, de son horizon direct, ce qui implique aussi de concevoir son individualité au sein de groupes sociaux en partage de valeurs communes (Kyrou et al., 2022). La notion de milieu se conçoit alors comme un entre-deux, la réappropriation d’un espace symbolique intermédiaire, aux limites mouvantes, aux échelles variables ou indistinctes (Stengers, 2019). En France, le caractère scalaire de la réflexion sur le milieu trouve sans doute ses origines dans les travaux, aujourd’hui redécouverts, de Félix Guattari, dont les « trois écologies » (1989) comportent un volet intersubjectif et social. Travaux qui se feront également l’écho de ceux, à l’international, d’Arne Naess sur la deep ecology ou de Gayatri Chakravorty Spivak sur la planétarité (voir à ce propos Apter, 2022). 

D’autre part, cette question de l’échelle trouve un écho au sein de la tension, qui elle aussi ressurgit actuellement, entre grands (méta-) et petits (micro-) récits. Au fil du temps, la réflexion humaniste européenne sur le récit, fondée par Aristote, reprise en philosophie par Paul Ricœur, en psychologie par Jerome S. Bruner, en anthropologie par Maurice Godelier, n’a jamais démenti l’idée selon laquelle la notion de récit est indispensable à la construction du sens du monde dans lequel nous vivons. Tout au plus, ce monde européo-centré s’est-il aujourd’hui pluralisé, sous l’influence de penseurs de la décolonisation tels que Dipesh Chakrabarty (2023) ou Amitav Ghosh (2016, 2024), remettant en cause l’hégémonie du récit historique unique. 

Depuis quelques décennies pourtant, ce besoin de récit se trouve déplacé par de singulières variations d’échelles. Comment (se) raconter, contre ou avec les grands enjeux qui accompagnent notre époque, en particulier le réchauffement climatique, dont le caractère global est un trait intrinsèque réduisant nos capacités à nous raconter un futur désirable, voire un futur tout court ? Entre l’arpentage individuel de nos expériences et la tentation de cartographier le parcours de l’humanité à un niveau global, une frustration, un blocage semblent se dessiner. Comme l’écrit Donna Haraway (2020, 223), « toutes les histoires sont trop grandes et trop petites ». Ce numéro de Relief se propose de chercher à découvrir où et comment se tisse, dans la littérature narrative de langue française, l’expression de cet entre-deux, de cet entre-soi(s). Où sont, en somme, et quels sont les mésorécits ? 

Hasardons ici une hypothèse à valeur heuristique. Par mésorécits, il faut entendre la manifestation ou la mise à l’écoute de voix ordinairement peu distinctes, oscillant entre singularité et collectivité, témoignant d’un désir de reterritorialisation médiane : de réappropriation politique et de réaménagement socio-écologique d’un vivre-ensemble où le pouvoir du récit profiterait à l’agentivité de ses acteurices, humaines et non humaines. Manifestations qui, sans se faire nécessairement l’écho d’un blocage du récit envisagé à d’autres échelles, révèlerait la vigueur (littéraire) des milieux, des friches et des zones – à défendre, à entretenir, à veiller. 

Une veine narratologique

Aux premières loges de ces questionnements sur les pouvoirs du récit en contexte anthropocénique, on trouve des narratologues, qui se sont posé la question de ces échelles du récit à l’aune de la crise climatique. Erin James, citant Claire Colebrook, Timothy Morton et Timothy Clark, relaie leurs convictions selon lesquelles le récit est intimement lié aux perspectives humaines et, en tant que tel, ne peut représenter adéquatement les vastes échelles temporelles et la conception élargie des vies non-humaines qu’exige notre moment actuel de crise environnementale, dans la mesure où « l’anthropocène échappe aux représentations normales » (James, 2022, 9, n.t.). Marco Caracciolo, partant d’un constat similaire (2021, 2023), cherche à promouvoir le concept de « slow narrative » face à la « slow violence » (Nixon, 2011) des phénomènes attachés à la crise environnementale : érosion de la biodiversité, accentuation des inégalités sociales, néocolonialismes… Arran Stibbe explore quant à lui les manières dont la composition même de la langue influence notre manière de nous rapporter aux milieux et aux êtres avec lesquels nous cohabitons, et façonne les « histoires par lesquelles nous vivons » (the stories we live by) (Stibbe, 2024)

Grands récits et pan-narrativisme

Nonobstant ces constats ponctuels et encore assez marginaux, il semble bien que l’heure soit à nouveau au(x) grand(s) récit(s). Plus de quarante ans après le décret de leur disparition par J.-F. Lyotard (1979), l’appel des grands récits refait surface pour tenter de traduire notre contemporain dans sa globalité. En témoignent les synthèses de Chapoutot (2021), Canabate (2021), Zeniter (2021), Bonneuil & Fressoz (2013). Il semblerait que notre besoin de récits soit si grand qu’il se constitue lui-même comme un grand récit (Huston, 2008). De l’autre côté de l’Atlantique, depuis l’ouvrage fondateur de Bamberg & Andrews (2004), une littérature critique florissante voit le jour pour constituer sur un mode agonistique un rapport de tension entre « récits-maîtres » et « contre-récits » (S. Patron, à paraître), dans une perspective politique inspirée notamment par Jameson (1981). La présence des grands récits est en effet perçue comme problématique, de la part de la majorité de ces auteur⋅e⋅s : entre la promesse d’une apocalypse inéluctable, relayée par les scénarios compris dans les rapports du GIEC, et celle d’une solution technologique miraculeuse, élaborée par les arrogants multimilliardaires de la Silicon Valley, le regard le plus englobant possible sur notre contemporain tend à nous faire perdre toute agentivité, toute possibilité de mobilisation, au profit d’une sorte de pan-narrativisme conventionnel et inoffensif, qui réduit les perspectives narratives à un inéluctable storytelling néo-libéral (Salmon 2007, Citton 2010). Très récemment, on a pu lire ce post de Patrick Chamoiseau, publié ironiquement sur X, accompagnant la sortie de Que peut Littérature quand elle ne peut ? (Seuil, 2025) : « Nous ne voulons plus de grands récits ! »

Si d’un côté la notion de grand récit fait couler beaucoup d’encre, de l’autre il semblerait que les réponses aux questions consistant à évaluer la fonction du récit dans notre contemporain trouvent leur cadre dans le microrécit. De nombreux penseur·euse·s d’un monde défini par sa crise climatique, dans le sillage de Bruno Latour, fondent la recherche de nouveaux récits sur l’échelle réduite du proche, à l’image de Donna Haraway (2020) ou, en France, Vinciane Despret (2021). En littérature, le « retour au récit » de ces dernières décennies tend à s’atomiser dans cette réduction à l’échelle de soi, poussant Alexandre Gefen (2021) à parler par oxymore des « grands récits intimes de notre temps ». Parmi lesquels on pourrait citer, tout à trac, Laurent Mauvignier (Autour du monde), Violaine Bérot (C’est plus beau là-bas), Philippe Rahmy (Béton armé), Emmanuel Carrère (D’autres vies que la mienne), Nastassja Martin (Croire aux fauves)… 

Écritures écosystémiques, littératures écosophiques

Face à ces vertigineux effets d’échelle, et pour reprendre le titre de Chamoiseau, que peut la littérature contemporaine lorsqu’elle prête l’oreille aux grands récits ? Comment tenir compte d’une menace globale sur l’humanité sans se laisser prendre au piège des discours trop larges pour nous permettre d’y réagir autrement que par assentiment passif, ou au contraire en les traduisant par des réductions à l’échelle d’un soi trop limité pour ne pas tomber dans le piège inverse, celui d’une solitude confinant à la folie (Céline Minard, Le grand jeu ; Hélène Laurain, Partout le feu ; Julie Guinand, Survivante) ? L’une des pistes possibles à de telles questions réside sans doute dans la notion d’« ambiance » (Bégout 2020), récemment mise à contribution dans les études littéraires (Balint & Buekens, 2024) pour envisager le rapport affectif que nous entretenons avec nos milieux : entre les catastrophes globales qui tendent à imposer des affects déterminés et le sentiment psychologique individualisé par l’espace et le temps de nos perceptions. Une telle approche permet une résonance particulière du concept de solastalgie, en tant que souffrance affective causée par la perte du lien avec notre environnement. Dans cette perspective s’élaborent des récits à envisager sous un angle écosystémique, écocomplexe (Turin, 2016) voire écosophique, c’est-à-dire attentifs à l’échelle de leur production, de leur réception, engageant l’espace marginal dans lequel elles s’élaborent tout en ne s’y enfermant pas.

Les écrivain·e·s pouvant correspondre à de tels enjeux sont nombreux·ses et, quoiqu’il soit tentant de les associer à la production écopoétique, on ne les y réduira pourtant pas forcément. À titre d’exemples, on pourra citer quelques auteur·e·s cherchant à saisir les territoires intermédiaires que nous arpentons en compagnie de l’animal, comme Isabelle Sorrente (180 jours), Gil Bartholeyns (Deux kilos deux), Lorrain Voisard (Au cœur de la bête), Vinciane Despret (Autobiographie d’un poulpe), etc. On citera évidemment Antoine Volodine, construisant un espace intermédiaire en tension entre humain et animal, vie et mort, Histoire et fiction, ou à Jean Rolin (Le traquet kurde, Les papillons du bagne), arpenteur de marges inter-espèces ou inter-humaines qu’il reconstruit comme autant de carrefours à la fois sursignifiants et insignifiants. Dans son récent Tovaangar (2025), Céline Minard décrit avec luxuriance une société post-catastrophiste, qu’on qualifierait volontiers d’écopunk (Hein & Blake, 2023) où d’innombrables représentant·e·s de formes de vie animales, végétales, technologiques et  (post)humaines s’attachent à recréer un vivre-ensemble où les lois de la prédation sont désavouées au profit de celles de l’entraide : les rapports au milieu comme environnement et comme échelle de captation du lien y sont constants. On pense aussi au vaste travail de délégation des discours au profit de la conquête d’un vivre-ensemble de taille médiane que poursuivent Olivia Rosenthal, Nathalie Quintane, Phoebe Hadjimarkos-Clarke, Gabrielle Filteau-Chiba, Wendy Delorme ou encore à celui de Nicole Caligaris, qui dans un essai récent dit vouloir « retrouve[r] dans les récits des ethnologues, de façon tellement proche de la chimère que poursuit l’écrivain, cet attachement scrupuleux à chercher un sens partageable, tout en sachant qu’en réalité ils créent une image aberrante des expressions d’une culture qui leur est essentiellement incompréhensible » (Caligaris, 2022). On évoquera encore la perspective d’une littérature conçue comme outil d’investigation, d’exploration, d’accroissement de l’expérience sensible, « au contact de la vie à l’échelle 1:1 » défendue par Florent Coste (Coste, 2017).

Au-delà de leur diversité, ces auteur·ice·s contemporain·e·s, comme de nombreux autres, traduisent par leurs œuvres l’idée selon laquelle le récit permet la saisie d’un monde complexe, impossible à concevoir selon les principes uniques et non-contradictoires des sciences modernes – une saisie qui s’opère par la pluralisation des discours. Rancière le dit en ces termes : « la littérature confronte des formules de description de la réalité toutes considérées comme égales et pourtant contradictoires, au bénéfice de la démocratie » (cité par Gefen, 2021). Entre le macro- et le micro-, où sont les mésorécits qui contribuent à définir l’agentivité de leurs sujets à des échelles autres que « l’humanité » ou « l’individu » ?

 Les contributions, en français ou en anglais, porteront sur des corpus français et francophone. Des liens ou comparaisons avec des œuvres étrangères permettront éventuellement de faire émerger des convergences ou des particularismes.

 

Calendrier prévisionnel

Date limite pour l’envoi des propositions, le 15 juin 2026. 

 Les auteurs des propositions retenues devront soumettre l’article complet (de 6000 à 8000 mots) en respectant la feuille de style de Relief pour le 15 janvier 2027. 

 Conformément au protocole de la revue, les contributions seront soumises à une évaluation en double aveugle pour publication dans Relief en novembre 2027. Merci d’envoyer une proposition d’environ 300 mots, accompagnée d’une brève notice biobibliographique à la revuerelief@gmail.com ainsi qu’à Sara.Buekens@vub.be, Colin.Pahlisch@unil.ch et Gaspard.Turin@unil.ch.  

 

À propos de la revue : Relief – Revue électronique de littérature française est une revue scientifique internationale évaluée par les pairs et consacrée aux études littéraires et culturelles. Son périmètre historique est ouvert, pourvu qu’il soit en relation avec des corpus de langue française. Relief est un lieu de rencontre de l’étude des littératures, des textes et des discours. Bilingue (français-anglais) et pionnière, Relief est une revue numérique et en accès libre depuis son premier numéro publié en 2007. La revue Relief est publiée deux fois par an. Les numéros sont organisés par thème ou par monographie, mais chaque numéro réserve un espace aux contributions diverses ainsi qu’aux comptes rendus de lecture. Site web : www.revue-relief.org.

 

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English version

“Literature and the milieu, literature in the middle: for a mesonarrative”, edited by Sara Buekens, Colin Pahlisch and Gaspard Turin, Relief, vol. 21, no. 2, 2027

The editorial board of Relief – Revue électronique de littérature française (https://revue-relief.org) invites you to submit contributions for a thematic issue on “Literature and the milieu, literature in the middle: for a mesonarrative”. This issue will be edited by Sara Buekens (Ghent University), Colin Pahlisch (University of Lausanne) and Gaspard Turin (University of Lausanne, University of Geneva).

Contemporary literature, when it engages with the major ecological issues of our time and when it participates in the narratives of the era it helps to convey, has much to do with the notion of “milieu”. On the one hand, in the sense of territory and habitability, following in particular the work of Augustin Berque (2014) on mesology, Ursula Heise (2008) on the tension between global and local ecology, and Nathalie Blanc (2008, 2015) on the city as a living environment. The question then lies on recounting one's neighbourhood, one's immediate horizon, which also implies conceiving one's individuality within social groups that share common values (Kyrou et al., 2022). The notion of environment is thus conceived as an in-between, the reappropriation of an intermediate symbolic space with shifting boundaries and variable or indistinct scales (Stengers, 2019). In France, the scalar nature of thinking about the environment undoubtedly has its origins in the now rediscovered works of Félix Guattari, whose ‘three ecologies’ (1989) include an intersubjective and social component. This work also echoes that of Arne Naess on deep ecology and Gayatri Chakravorty Spivak on planetariity (see Apter, 2022). 

On the other hand, this question of scale is echoed in the tension, which is also resurfacing at present, between large (meta-) and small (micro-) narratives. Over time, European humanist thinking on narrative, founded by Aristotle, taken up in philosophy by Paul Ricœur, in psychology by Jerome S. Bruner, in anthropology by Maurice Godelier, has never denied the idea that the notion of narrative is indispensable to the construction of meaning in the world in which we live. At most, this eurocentric world has become more pluralistic today, under the influence of decolonisation thinkers such as Dipesh Chakrabarty (2023), or Amitav Ghosh (2016, 2024) who question the hegemony of a single historical narrative. 

In recent decades, however, this need for narrative has been displaced by singular variations in scale. How can we tell our stories, against or with the major challenges of our time, global warming especially, whose global nature is an intrinsic feature that reduces our ability to imagine a desirable future, or even any future at all? Between the individual surveying of our experiences and the temptation to map the course of humanity on a global level, a frustration, a blockage seems to be emerging. As Donna Haraway puts it, “all the stories are too big and too small” (2015, 160). This Relief issue seeks to discover where and how, in french and francophone narrative literature, lies the expression of this in- or go-between. Where, in short, are the “mesonarratives”? 

Should we venture a heuristic hypothesis, by mesonarratives, we mean the display of voices that are usually indistinct, oscillating between singularity and collectivity, reflecting a desire for median reterritorialisation: political reappropriation and socio-ecological redevelopment of a coexistence, where the power of narrative would benefit the agency of its actors, both human and non-human. Such displays, without necessarily echoing a blockage of the narrative envisaged at other scales, would reveal the (literary) vigour of the environments, wastelands and areas – to be defended, maintained and watched over.

A narratological vein

At the forefront of these questions about the powers of narrative in an anthropocenic context are narratologists, who have questioned the scales of narrative in light of the climate crisis. Erin James, quoting Claire Colebrook, Timothy Morton and Timothy Clark, relays their conviction that narrative is intimately linked to human perspectives and, as such, cannot adequately represent the vast temporal scales and expanded conception of non-human lives that our current moment of environmental crisis demands, for “Anthropocene evades normal representations” (James, 2022, 9). Marco Caracciolo, starting from a similar observation (2021, 2023), seeks to promote the concept of ‘slow narrative’ in the face of the ‘slow violence’ (Nixon, 2011) of phenomena linked to the environmental crisis: erosion of biodiversity, accentuation of social inequalities, neo-colonialism, etc. Arran Stibbe explores the ways in which the very composition of language influences how we relate to the environments and beings with which we coexist, and shapes the “stories we live by” (Stibbe, 2024).

Grand narratives and pan-narrativism

Notwithstanding these isolated and still fairly marginal observations, it seems that the time has come once again for grand (or meta-) narratives. More than forty years after J.-F. Lyotard declared them dead (1979), the appeal of metanarratives is resurfacing in an attempt to translate our contemporary world in its entirety. This is evidenced by the syntheses of Chapoutot (2021), Canabate (2021), Zeniter (2021), Bonneuil & Fressoz (2013). It would seem that our need for narratives is so great that it constitutes itself as a grand narrative (Huston, 2008). On the other side of the Atlantic, since the seminal work by Bamberg & Andrews (2004), a flourishing body of critical literature has emerged, constructing an agonistic relationship of tension between ‘master narratives’ and ‘counter-narratives’ (see S. Patron, forthcoming, for a first french-based study), from a political perspective inspired in particular by Jameson (1981). The presence of grand narratives is indeed perceived as problematic by the majority of these authors. Between the promise of an inevitable apocalypse, relayed by the scenarios included in the IPCC reports, and that of a miraculous technological solution, developed by arrogant, Bay Area mega-billionaires, the most comprehensive view possible of our contemporary world tends to make us lose all agency, all possibility of mobilisation, in favour of a conventional and inoffensive pan-narrativism, which reduces narrative perspectives to an inevitable neoliberal storytelling (Salmon 2007, Citton 2010). Very recently, we read this post by Patrick Chamoiseau, ironically published on X, accompanying the release of Que peut Littérature quand elle ne peut ? (Seuil, 2025): ‘Nous ne voulons plus de grands récits !’

While the concept of the grand narrative has been the subject of much discussion, it would seem that the answers to questions about the function of narrative in our contemporary world can be found in micro-narratives. Many thinkers in a world defined by climate crisis, following in the footsteps of Bruno Latour, base their search for new narratives on the smaller scale of the immediate, such as Donna Haraway (2020) or, in France, Vinciane Despret (2021). In literature, the ‘narrative turn’ of recent decades tends to atomise itself to the scale of the self, prompting Alexandre Gefen (2021) to speak oxymoronically of the ‘grands récits intimes de notre temps’. Among these, we could mention, amongst others, Laurent Mauvignier (Autour du monde), Violaine Bérot (C'est plus beau là-bas), Philippe Rahmy (Béton armé), Emmanuel Carrère (D'autres vies que la mienne), Nastassja Martin (Croire aux fauves)... 

Ecosystemic writing, ecosophical literature

Faced with these dizzying effects of scale, and following Chamoiseau, what can contemporary literature do when paying heed to grand narratives? How can we take into account a global threat to humanity without falling into the trap of discourses that are too broad for us to respond to, other than with passive assent? Or, conversely, by translating them into reductions on a scale that is too limited for us not to fall into the opposite trap, that of a loneliness bordering on madness (Céline Minard, Le grand jeu; Hélène Laurain, Partout le feu; Julie Guinand, Survivante)? One possible avenue for exploring such questions undoubtedly lies in the notion of ‘ambiance’ (Bégout 2020), recently used in french literary studies (Balint & Buekens, 2024) to consider the emotional relationship we have with our environments - between global disasters that tend to impose certain emotions and the psychological feelings individualised by the space and time of our perceptions. Such an approach allows for a particular resonance with the concept of solastalgia, understood as emotional suffering caused by the loss of connection with our environment. From this perspective, narratives can be deployed from an ecosystemic, ecocomplex (Turin, 2016), even ecosophical, angle, i.e. attentive to the scale of their production and reception, engaging with the marginal space in which they are developed without becoming confined to it.

There are many writers who could be associated with such questions, and although it is tempting to link them to eco-poetic production, they need not be reduced to this alone. For example, we could mention a few authors who seek to capture the intermediate territories we explore in the company of animals, such as Isabelle Sorrente (180 jours), Gil Bartholeyns (Deux kilos deux), Lorrain Voisard (Au cœur de la bête), Vinciane Despret (Autobiographie d'un poulpe), etc. We might also think of Antoine Volodine, who constructs an intermediate space caught between human and animal, life and death, history and fiction, or Jean Rolin (Le traquet kurde, Les papillons du bagne), who explores the margins between species and between humans, reconstructing them as crossroads that are both highly significant and insignificant. In her recent novel Tovaangar (2025), Céline Minard vividly depicts a post-catastrophic society — one that might well be described as ‘ecopunk’ (Hein & Blake, 2023) — where countless representatives of animal, plant, technological and (post)human life forms strive to recreate a shared existence in which the laws of predation are rejected in favour of those of mutual aid. Relationships with the environment, both as a physical setting and as a framework for capturing connections, are constant throughout the book. We also think of the vast work of delegating discourse in favour of the conquest of a medium-sized living together pursued by Olivia Rosenthal, François Bon, Laurent Mauvignier, Nathalie Quintane, Phoebe Hadjimarkos-Clarke, Gabrielle Filteau-Chiba, Wendy Delorme, or that of Nicole Caligaris, who in a recent essay says she wants to "retrouve[r] dans les récits des ethnologues, de façon tellement proche de la chimère que poursuit l’écrivain, cet attachement scrupuleux à chercher un sens partageable, tout en sachant qu’en réalité ils créent une image aberrante des expressions d’une culture qui leur est essentiellement incompréhensible" (Caligaris, 2022). We will also discuss the prospect of literature as a tool for investigation, exploration, and the enhancement of sensory experience, “in contact with life on a 1:1 scale,” as advocated by Florent Coste (Coste, 2017).

Beyond their diversity, these contemporary authors, like many others, convey through their works the idea that narrative allows us to grasp a complex world that is impossible to conceive according to the unique and non-contradictory principles of modern science – a grasp that is achieved through the pluralisation of discourses. Rancière puts it this way: ‘la littérature confronte des formules de description de la réalité toutes considérées comme égales et pourtant contradictoires, au bénéfice de la démocratie’ (quoted by Gefen, 2021). Between the macro and the micro, where are the mesonarratives that help define the agency of their subjects on scales other than “humanity” or ‘the individual’?

Contributions, in French or in English, should focus on French and francophone corpora. Connections or comparisons with foreign works may help bring out convergences or distinctive features.

Provisional timeline

Deadline for the submission of proposals: 15 June 2026.

Authors of accepted proposals will be required to submit the complete article (6,000 to 8,000 words), in accordance with Relief's style sheet, by 15 January 2027.

In keeping with the journal's protocol, contributions will undergo double-blind peer review for publication in Relief in November 2027. Please send a proposal of approximately 300 words, accompanied by a brief biographical note, to revuerelief@gmail.com, as well as to Sara.Buekens@vub.beColin.Pahlisch@unil.ch and Gaspard.Turin@unil.ch.

About the journal: Relief – Revue électronique de littérature française is an international peer-reviewed scholarly journal devoted to literary and cultural studies. Its historical scope is open, provided it relates to French-language corpora. Relief is a meeting place for the study of literatures, texts and discourses. Bilingual (French–English) and pioneering, Relief has been a digital open-access journal since its first issue, published in 2007. The journal is published twice a year. Issues are organised around a theme or a single author, but each issue also includes a section for miscellaneous contributions and book reviews. Website: www.revue-relief.org.

 

Bibliographie 

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Bamberg, Michael & Molly Andrews, éds. (2004), Considering Counter-Narratives: Narrating, Resisting, Making Sense, John Benjamins, « Studies in Narrative ».

Bégout, Bruce (2020), Le concept d’ambiance, Seuil. 

Berque, Augustin (2014), La Mésologie, pourquoi et pour quoi faire ?, Presses universitaires de Paris Ouest.

Blanc, Nathalie (2015), Les formes de l’environnement. Manifeste pour une esthétique politique, MétisPresses ; (2008), Vers une esthétique environnementale, QUAE.

Bonneuil, Christophe & Jean-Baptiste Fressoz (2013), L’Évènement Anthropocène, la Terre, l’histoire et nous, Seuil.

Caligaris, Nicole (2022), « Coïncidences. Extraits futiles d’un auteur disparu #2 », Raison publique n°24, 239-248.

Canabate, Alice (2021), L’écologie et la narration du pire. Récits et avenirs en tension, Utopia. 

Caracciolo, Marco (2023), Contemporary Narrative and the Spectrum of Materiality, De Gruyter ; (2021), Narrating the Mesh. Form and Story in the Anthropocene, University of Virginia Press.

Chamoiseau, Patrick (2025), Que peut Littérature quand elle ne peut ?, Seuil « Libelle ».

Chakrabarty, Dipesh (2023), Après le changement climatique, penser l’histoire, trad. P.-E. Dauzat & A. de Saint-Loup, Gallimard.

Chapoutot, Johann (2021), Le Grand Récit. Introduction à l’histoire de notre temps, PUF.

Citton, Yves (2010), Mythocratie. Storytelling et imaginaire de gauche, Éditions Amsterdam.

Coste, Florent (2017), Explore. Investigations littéraires, Questions théoriques.

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–, Marlene Karlsson Marcussen & David Rodriguez (2023), Narrating Nonhuman Spaces: Form, Story, and Experience Beyond Anthropocentrism, Routledge.

Despret, Vinciane (2021), Autobiographie d’un poulpe, Actes Sud.

Federau, Alexander (2017), Pour une philosophie de l’anthropocène, PUF.

Gefen Alexandre (2021), « Littérature et démocratie », Esprit 2021/7, p. 47-56.

Ghosh, Amitav (2016), Le grand dérangement. D’autres récits à l’épreuve du changement climatique, trad. Morgane Iserte et Nicolas Haeringer, Wildproject ; (2024), La malédiction de la muscade. Une contre-histoire de la modernité. trad. Morgane Iserte, Wildproject

Guattari, Félix (1989), Les trois écologies, Galilée.

Haraway, Donna (2020), Vivre avec le trouble, Les éditions des mondes à faire.

Haraway, Donna (2015), “Anthropocene, Capitalocene, Plantacionocene, Chthulucene: Making Kin”, Environmental Humanities, vol. 6, 2015, p. 159-165.

Heise, Ursula (2008), Sense of Place, Sense of Planet: The Environmental Imagination of the Global, Oxford University Press.

Hein, Fabien & Dom Blake (2023), Écopunk, Le passager clandestin.

Huston, Nancy (2008), L’espèce fabulatrice, Actes sud.

James, Erin (2022), Narrative in the Anthropocene, Ohio State University Press.

Jameson, Fredric (2012 [1981]), L’Inconscient narratif. Le récit comme acte socialement symbolique, trad. Nicolas Vieillescazes, Questions théoriques, « Saggio Casino ».

Kyrou, Ariel (dir., 2022), Nos futurs solidaires, ActuSF.

Lyotard, Jean-François (1979), La Condition postmoderne, Minuit.

Mäkelä, Maria, Samuli Björninen, Pernille Meyer, Henrik Zetterberg-Nielsen (2024), Dangers of Narrative and Fictionality. A Rhetorical Approach to Storytelling in Contemporary Western Culture, Peter Lang.

Nixon, Rob (2011), Slow Violence and the Environmentalism of the Poor, Harvard University Press.

Patron, Sylvie (dir., à paraître), Les contre-récits. Un nouveau paradigme pour l’étude du récit et de l’agentivité narrative, Presses du Septentrion.

Salmon, Christian (2007), Storytelling. La machine à fabriquer les images et formater les esprits, La Découverte.

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