Traduire l’écosophie

Auteurs

  • Emily Apter Université de New York

DOI :

https://doi.org/10.51777/relief12383

Mots-clés :

écosophie, intraduisibles, Félix Guattari, toxicité, justice environnementale

Résumé

Le terme « écosophie » – un mot-valise qui rassemble les mots écologie et philosophie – ­a été inventé par l’alpiniste-philosophe Arne Næss en 1973, puis revisité à sa façon idiosyncratique par Félix Guattari dans Qu’est-ce que l’écosophie ?, un recueil posthume d’essais et d’entretiens de la fin des années 1980 et du début des années 1990. Pour Guattari, l’écosophie était un concept critique destiné à contrecarrer la tendance des mouvements écologiques de son temps à faire de la défense des espèces une sorte d’identity politics aisément récupérable à des fins conservatrices. Un « intraduisible » philosophique à bien des égards, le terme écosophie était pourtant absent du Vocabulaire européen des philosophies. Le dictionnaire des intraduisibles (2004) dirigé par Barbara Cassin. En explorant les potentialités de ce terme aussi bien dans ses usages passés que dans ses applications futures, cet article analyse l’écosophie comme un concept politique crucial, en particulier dans ses rapports de convergence et de divergence avec le concept de « planétarité » développé par Gayatri Chakravorty Spivak. Même si l’écosophie guattarienne est tournée vers la micropolitique là où la planétarité spivakienne intervient dans un champ éthique, toutes deux reposent sur une praxis traductionnelle qui favorise l’émergence de nouvelles manières de concevoir (et de nommer) le nomos, le cosmos, l’agentivité, l’altérité et la forme-valeur. En conclusion, l’article imagine des entrées possibles pour le terme d’écosophie dans une nouvelle génération de dictionnaires qui vise à dissocier la justice environnementale des épistémologies coloniales et des vocabulaires monolingues du climat.

Biographie de l'auteur

Emily Apter, Université de New York

Emily Apter est professeure de littératures française et de littérature comparée à l’université de New York (NYU). Elle a publié entre autres Against World Literature : On the Politics of Untranslatability (2013) ; The Translation Zone : A New Comparative Literature (2006), Continental Drift : From National Characters to Virtual Subjects (1999), Feminizing the Fetish : Psychoanalysis and Narrative Obsession in Turn-of-the Century France (1991), et André Gide and the Codes of Homotextuality (1987). Elle dirige la collection “Translation/Transnation” aux presses universitaires de Princeton University.

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Publiée

2022-07-08

Comment citer

Apter, E. (2022) « Traduire l’écosophie », Relief: Revue Électronique de Littérature Francaise, 16(1), p. 227–247. doi: 10.51777/relief12383.