https://revue-relief.org/issue/feed Relief: Revue Électronique de Littérature Francaise 2022-07-08T16:17:38+02:00 Maaike Koffeman & Olivier Sécardin revuerelief@gmail.com Open Journal Systems <p><em>Relief - Revue électronique de littérature française </em> est une revue scientifique internationale évaluée par les pairs et consacrée aux études littéraires et culturelles. Son périmètre historique est ouvert, pourvu qu’il soit en relation avec des corpus de langue française. <em>Relief</em> est un lieu de rencontre de l’étude des littératures, des textes et des discours.</p> <p>Bilingue (français-anglais) et pionnière, <em>Relief</em> est une revue numérique et en accès libre depuis son premier numéro publié en 2007. La revue <em>Relief</em> est publiée deux fois par an. Les numéros sont organisés par thème ou par monographie, mais chaque numéro réserve un espace aux contributions diverses ainsi qu’aux comptes rendus de lecture.</p> https://revue-relief.org/article/view/12336 L’homme qui lit (à Nara, les cerfs sont rois) 2022-06-27T14:35:24+02:00 Aude Jeannerod ajeannerod@univ-catholyon.fr Pierre Schoentjes Pierre.Schoentjes@ugent.be Olivier Sécardin olivier.secardin@gmail.com <p>L’enjeu est de s’interroger sur les représentations littéraires de l’environnement, c’est-à-dire sur le discours que tient l’homme dans ses productions littéraires au sujet de la nature qui l’entoure et des relations qu’il entretient avec elle. À une époque qui voit les textes tournés vers les enjeux environne­men­taux se multiplier une double exigence s’impose : explorer les littératures française et francophone contemporaines, mais aussi revenir à des textes plus anciens pour les examiner à la lumière de notre sensibilité écologique contemporaine.</p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Olivier Sécardin 2022 https://revue-relief.org/article/view/12337 Romantisme et écopoétique 2022-06-27T14:45:44+02:00 Michel Collot michelcollot@free.fr <p class="Reliefrsum"><span lang="FR">La réception du romantisme par l’écopoétique contemporaine est partagée entre deux tendances opposées&nbsp;: d’un côté la reconnaissance d’une filiation voire la revendication d’un héritage&nbsp;; de l’autre une méfiance, voire un rejet, qui témoigne d’une certaine méconnaissance de la complexité et de la diversité du romantisme. Le sentiment romantique de la nature est souvent soupçonné de reconduire une attitude anthropocentrique voire égocentrique à l’égard de la nature. Cet article vise à montrer que, loin d’être la simple projection des affects du sujet sur le monde extérieur, ce sentiment résulte d’une interaction entre le dedans et le dehors, dont le paysage est le lieu privilégié et qui engage un état du corps autant qu’un état de l’âme. Relisant à la lumière de l’écopoétique quelques-unes de ses expressions les plus radicales, choisies chez Wordsworth, Shelley, Byron, Goethe, Senancour, Guérin ou George Sand, nous y faisons apparaître un lien viscéral entre l’être humain et son environnement, illustrant la contribution du romantisme à l’émergence d’une conscience écologique. </span></p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Michel Collot 2022 https://revue-relief.org/article/view/12339 Approche écopoétique de l’analogie romantique : Jules Michelet et George Sand 2022-06-27T15:07:14+02:00 Élisabeth Plas elisabethplas@gmail.com <p>Cet article propose une lecture écopoétique croisée de l’histoire naturelle de Jules Michelet et du <em>Voyage dans le cristal</em> de George Sand. Dans ces deux œuvres, la pensée écologique trouve à s’exprimer à travers l’analogie – anthropomorphisme des animaux et de la nature chez Michelet&nbsp;; construction et exploration analogique de la nature dans le conte merveilleux de Sand. Ni chez Michelet ni chez Sand, l’analogie n’est un artifice rhétorique&nbsp;: chez tous deux, elle est partie prenante d’une poétique et d’une cosmologie. Cette double lecture est donc une invitation pour l’écopoétique à prendre la pensée analogique au sérieux et à lire en elle une représentation singulière du monde et une expérience de pensée proposant d’entrevoir une reconfiguration de nos rapports aux autres vivants, aux ressources naturelles et à l’environnement.</p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Élisabeth Plas 2022 https://revue-relief.org/article/view/12340 Le bestiaire de Poèmes barbares : politique, écologie et poétologie 2022-06-27T15:22:15+02:00 Yohann Ringuedé yohann.ringuede@laposte.net <p class="Reliefrsum"><span lang="FR">L’étude du motif animal dans l’œuvre poétique de Leconte de Lisle connaît deux grands courants. D’une part, l’animal est considéré dans sa valeur analogique comme un miroir de l’homme, de son intimité psychologique ou de son organisation sociale. D’autre part, sa description relève d’une tentative parnassienne de créer une poésie de l’objectivité&nbsp;: il est dépeint au plus près de sa nature bestiale (biologique ou éthologique). Face à cette double tradition, une lecture attentive du recueil <em>Poèmes barbares</em>, avec en particulier une attention portée à l’intégralité des poèmes, et non aux seuls poèmes animaliers, permet de relever une originale entreprise poétologique, de la part de Leconte de Lisle, qui cherche à poser les bases d’une réunification de l’homme et de la bête&nbsp;: séparés par l’histoire et la religion, tous deux se retrouveront dans un phénomène d’extinction commun qui les verra fraternellement se taire soudain. C’est donc à une réflexion écologique que se livre le poète de l’île Bourbon qui réfléchit les modalités selon lesquelles l’homme devrait vivre avec l’animal, et, plus largement, avec la nature.</span></p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Yohann Ringuedé 2022 https://revue-relief.org/article/view/12341 Senancour, une écopoétique du naturel 2022-06-27T15:27:54+02:00 Yvon Le Scanff yvon.le-scanff@sorbonne-nouvelle.fr <p>Chez Senancour l’écopoétique du naturel peut se déployer dans deux directions&nbsp;: dans une perspective plus poéticienne et générique (en quoi <em>Oberman</em> est un roman naturel par exemple) et dans une optique plus stylisticienne qui sera davantage privilégiée dans cette étude. Le style naturel est une gageure et quasiment une contradiction en ses termes. Toutefois, à l’époque de Senancour, deux sens semblent se faire concurrence&nbsp;: d’une part l’idée que le naturel serait lié à une logique de la sensation spontanée, de l’autre qu’il aurait trait à la manifestation d’un ordre indifférencié de la raison&nbsp;: singularité ou universalité. Senancour semble opter pour un universel singulier, un naturel du <em>milieu</em> qui rende à la fois l’ordre indifférencié de la nature et la spontanéité singulière de la sensation naturelle. L’interpellation du sentir et l’appréhension par le jugement composent ainsi les évocations descriptives comme harmonies des contraires. Mieux encore, Senancour fait jouer cette harmonie au sein même de la sensation&nbsp;: si la vue porte cette part d’ordre logique du tableau comme une forme d’évidence intellectuelle objective et presque anesthésiée, l’ouïe vient spontanément manifester l’irruption de ce qui est senti comme une pure sensation naturelle.</p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Yvon Le Scanff 2022 https://revue-relief.org/article/view/12342 Portrait de Guillevic en écopoète : les pommes, la rondeur et diverses affinités avec Thoreau 2022-06-27T15:34:06+02:00 Aaron Prevots prevots@southwestern.edu <p>Cet article explorera l’écopoésie en examinant de manière transculturelle le caractère sauvage mais tonifiant des écrits d’Eugène Guillevic et de Henry David Thoreau, notamment le recueil <em>Sphère</em> (1963), où figure le texte emblématique « Rond » (Round), et l’essai tardif « Wild Apples » (Pommes sauvages, 1859-1862). L’éthique et l’écologie seront mises en avant à travers la matérialité des mots, l’appel de la nature, et les spécificités de la voix narrative. En analysant Guillevic en tant qu’écopoète, on comblera des lacunes critiques. On traitera surtout de l’amour de Guillevic pour le non-humain et des enjeux environnementaux et écologiques de sa communion intense et enjouée avec le dehors. On prendra en compte la perspective de chacun des deux écrivains et la façon vivifiante dont celle-ci est communiquée. On considérera en particulier la réception du texte guillevicien: le fait que le lecteur soit amené à réfléchir au monde naturel et à l’intersubjectivité, à l’habiter poétique et à l’habitat, aux cinq sens et aux chemins à suivre pour rester sensible à l’écologie. Dans la mouvance peut-être de Michael Pollan, Guillevic nous inscrit dans le cosmos et nous plonge dans la croissance cyclique, fêtant par exemple la rondeur et la plénitude de la pomme, nous rappelant nos liens à la biosphère. Sa voix à la fois méditative et dialogique, ainsi que ses nombreuses affinités avec Thoreau, aident l’écopoétique à aborder des topoï divers: l’immédiateté, la conscience de soi, l’histoire, l’actualité littéraire, l’antiquité.</p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Aaron Prevots 2022 https://revue-relief.org/article/view/12343 « S’il vient quelque chose encore ce sera du côté de la mer » L’élément aquatique dans l’univers romanesque d’Anne Hébert 2022-06-27T15:40:42+02:00 Marie Pascal mpascal3@uwo.ca <p class="Reliefrsum"><span style="font-size: 11.0pt; line-height: 115%;" lang="FR">Dans cet article, nous nous intéressons à l’impact diégétique et à l’investissement topographique de l’élément aquatique dans l’œuvre romanesque d’Anne Hébert. Notre intérêt principal vise à définir les deux trajectoires antagonistes de cet élément naturel&nbsp;: son rôle en tant qu’adjuvant à la survie des personnages et son impact en tant que force criminelle, lieu d’enfermement et source de tortures. Dans un premier temps, nous verrons de quelle manière l’auteure québécoise passe d’une description de l’eau comme décor ambivalent à une réification répétée des personnages humains, qu’elle n’a de cesse de soumettre à la volonté de la nature. Parallèlement, nous tiendrons compte des stratégies visant à anthropomorphiser l’eau pour, finalement, dévoiler les ressorts de l’articulation de ses deux visages contradictoires (en tant que force amie ou ennemie), volonté active qui tire les ficelles diégétiques de ces dix romans.</span></p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Marie Pascal 2022 https://revue-relief.org/article/view/12345 De l’opportunité du balcon dans Siloé (1941) de Paul Gadenne et Un Balcon en forêt (1958) de Julien Gracq 2022-06-27T15:52:00+02:00 Claire Augereau claire.augereau@ac-grenoble.fr <p>Si la fenêtre a fait l’objet d’études remarquables à propos du roman, le balcon, cette saillie en encorbellement vulgarisée par l’usage du béton dans le domaine de la construction, est demeuré l’apanage des études théâtrales. Cet article se propose de remédier à cette lacune et de montrer la contribution de cet équipement architectural à l’affirmation d’une écriture écopoétique, avant même que ce terme critique n’apparaisse, et ce dans le cadre du récit. L’étude de la fonction de cet espace circonscrit dans <em>Siloé</em> de Paul Gadenne et dans le récit de la drôle de guerre <em>Un Balcon en forêt </em>de Julien Gracq, met en lumière l’immersion de l’individu dans son environnement. En effet, dans un contexte global de remise en cause du statut du savoir, l’expérience vécue en surplomb par les deux personnages principaux de ces deux récits, expérience contemplative qui consiste à scruter un paysage délivré de la présence de l’homme, est moins une confrontation à un panorama qu’un approfondissement de la subjectivité par la médiation du corps, la rencontre de la femme-paysage achevant la communion avec le tout.</p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Claire Augereau 2022 https://revue-relief.org/article/view/12346 Le Clézio dans les forêts du Darién avec les Emberá : une réjuvénation poétique 2022-06-27T15:56:43+02:00 Simon Levesque levesque.simon@uqam.ca <p class="Reliefrsum"><span lang="FR">Entre 1970 et 1974, l’écrivain J.M.G. Le Clézio se rend à plusieurs reprises, à raison de six à huit mois à chaque fois, dans les forêts du Darién, à la frontière entre le Panama et la Colombie. À ce jour, le bouchon du Darién reste exempt d’infrastructures de masse et forme une vaste zone naturelle marquant une brisure entre les Amériques. Développant une approche à mi-chemin entre l’écocritique littéraire et l’étude des politiques de la littérature, cet article a pour objectif de montrer comment «&nbsp;l’aventure panaméenne&nbsp;» de l’écrivain est à la source d’un éveil écologique profond et débouche sur une sensibilité accrue à l’égard des peuples minorés, à l’exemple des Emberá auprès desquels il a séjourné. Cet éveil est d’abord violent et s’affirme littérairement selon le motif du choc des civilisations, après quoi un glissement vers un renouvellement poétique s’observe, qui trouve son aboutissement dans <em>L’inconnu sur la terre </em>(1978). À partir de documents primaires (<em>Haï</em>, 1971&nbsp;; <em>La fête chantée</em>, 1997) et secondaires (de nombreux entretiens où l’écrivain se livre), nous retraçons les modalités de transformation de la poétique leclézienne et le rôle central et intime que joue le contact avec la nature dans cette transformation. En particulier, nous prenons soin de mettre en rapport deux époques de la vie de l’écrivain&nbsp;: l’année qu’il a passée au Nigeria étant enfant, en 1948 (racontée dans <em>L’Africain</em>, 2004), et les séjours passés au Darién, au début de sa trentaine. Ces deux époques, en effet, se télescopent et laissent entrevoir le retour à la nature sauvage comme la source d’une réjuvénation dont les effets poétiques sont manifestes dans l’œuvre subséquente.</span></p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Simon Levesque 2022 https://revue-relief.org/article/view/12347 Une pionnière de la traçabilité éthique des produits d’origine animale : Marguerite Yourcenar 2022-06-27T16:06:43+02:00 May Chehab chehab.may@ucy.ac.cy <p class="Reliefrsum"><span style="font-size: 11.0pt; line-height: 115%;" lang="FR">Convaincue que l’unité de l’humanité est celle d’une espèce biologique que nous ne saurions extraire de l’ensemble des formes de vie sur terre qui constitue bien plus que son «&nbsp;environnement&nbsp;», Marguerite Yourcenar tente dans son œuvre de rétablir la porosité perdue entre le monde humain et l’espèce dite animale. Ce faisant, elle instaure une sorte de «&nbsp;traçage éthique&nbsp;» remontant du produit animal fini à son origine vivante, qui s’oppose aux motifs presque exclusivement utilitaires de la traçabilité usuelle.</span></p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés May Chehab 2022 https://revue-relief.org/article/view/12348 Camouflages littéraires : vers une expérience sensible des lieux 2022-06-27T16:16:28+02:00 Alice Desquilbet alice.desquilbet@sorbonne-nouvelle.fr Xavier Garnier xavier.garnier@univ-paris3.fr Kevin Even kev.even@gmail.com Rym Khene rymkhene@gmail.com <p class="Reliefrsum"><span style="font-size: 11.0pt; line-height: 115%;" lang="FR">À la question «&nbsp;comment les littératures francophones permettent-elles de traduire l’expérience d’un monde sensible menacé&nbsp;?&nbsp;», nous proposons de répondre&nbsp;par une étude de trois poétiques du camouflage de Jules Verne, Mohammed Dib et Dieudonné Niangouna. Par sa façon d’associer la dissimulation et l’exposition aux regards, le camouflage invite à une autre lecture des paysages, met les territoires à l’épreuve des profonds et libère le potentiel expressif des lieux. En faisant corps avec les milieux, les personnages camouflés manifestent une présence patiente et vigilante d’une grande efficience écopoétique.</span></p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Alice Desquilbet, Xavier Garnier, Kevin Even, Rym Khene 2022 https://revue-relief.org/article/view/12375 Le monde postcolonial de Sony Labou Tansi : entre magie et science 2022-06-29T15:22:44+02:00 Sara Buekens Sara.Buekens@ugent.be <p>Dans cet article, nous nous concentrerons sur <em>Le Commencement des douleurs</em> (1995) de Sony Labou Tansi, qui raconte l’histoire d’un village africain, Hondo-Noote, soumis à la violence des éléments et souffrant de nombreux cataclysmes environnementaux. Nous analyserons la façon dont Sony Labou Tansi insère un discours scientifique dans ce roman magico-réaliste afin de révéler un environnement naturel changeant et hybride et d’évoquer la coexistence d’aspects précapitalistes ou primitifs et d’éléments capitalistes et technologiques si caractéristique de la vie quotidienne de l’Afrique subsaharienne postcoloniale. Ainsi, nous étudierons comment le réalisme magique permet d’intégrer dans ce roman des éléments science-fictionnels pour montrer les destructions écologiques perçues par les indigènes comme «&nbsp;magiques&nbsp;» ou «&nbsp;surnaturelles&nbsp;» à cause de leur caractère aliénant et inexplicable.</p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Sara Buekens 2022 https://revue-relief.org/article/view/12376 Éc(h)o-textes : Man Grove et la Ville-Rhizome 2022-06-29T15:27:32+02:00 Jean-Louis Cornille jean-louis.cornille@uct.ac.za <p>Déjà timidement présente dans les deux premiers romans de Chamoiseau, la ville est au cœur de son roman le plus connu, <em>Texaco</em> (1992), où elle se présente sous les dehors d’un troisième terme, entre «&nbsp;L’En-ville&nbsp;»&nbsp;et la campagne&nbsp;: une «&nbsp;mangrove urbaine&nbsp;». Le quartier de Texaco, en bordure de Fort-de-France, se développa à la suite de l’éruption volcanique qui ravagea la ville de Saint-Pierre. Vingt-cinq ans séparent la parution de ce roman en 1992 de l’abandon par Chamoiseau d’un vaste projet urbain intitulé le «&nbsp;Grand Saint-Pierre&nbsp;»&nbsp;que l’auteur lança en 2012. Entre ces deux plans d’urbanisation qui se font écho, l’un, fictionnel, portant sur un quartier créole voué à la destruction, l’autre sur le réaménagement bien réel d’une ville autrefois dévastée par l’éveil de la Montagne Pelée, l’œuvre de Chamoiseau a mis en place un vaste réseau éco-textuel d’où la ville a provisoirement disparu&nbsp;: de <em>L’Esclave vieil homme et le molosse</em> (1997) à <em>Biblique des derniers gestes </em>(2002), la forêt comme la mangrove sont redevenues le chaos maléfique qu’elles étaient au départ. Cependant un nouvel imaginaire va s’imposer&nbsp;dans <em>Matière de l’absence</em>&nbsp;(2016)&nbsp;: en passant de la fiction au réel, on a délaissé la viscosité des marécages pour le «&nbsp;dur&nbsp;»&nbsp;; non pas celui du «&nbsp;béton&nbsp;» qui s’éternise, mais, selon un tout autre imaginaire, celui de la «&nbsp;Pierre-monde&nbsp;», version concrète du «&nbsp;Tout-Monde&nbsp;» glissantien, faite de lave durcie et de ruines. Une minéralité qui se laissait déjà deviner dans le geste de lapidation qui accueillit l’urbaniste, venu inspecter les lieux insalubres avant de se muer en sauveur, ce qui lui vaudra le surnom de Christ. Du reste, l’intertexte biblique qui foisonne dans <em>Texaco</em> ne trahit-il pas une volonté de faire écho, par-delà Glissant, aux propositions de René Girard&nbsp;sur la violence et le sacré&nbsp;? Si les thèses de ce dernier s’y laissent aisément repérer, elles n’en seront pas moins abandonnées dans <em>Matière de l’absence</em>, roman dominé par une vision plus pacifiée du monde.</p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Jean-Louis Cornille 2022 https://revue-relief.org/article/view/12379 Rôle et représentation de l’environnement en Indochine chez les auteurs francophones vietnamiens : entre assimilation, résistance et hybridation 2022-06-30T11:46:24+02:00 Aurore Nicolas A.Nicolas@em.uni-frankfurt.de <p class="Reliefrsum"><span lang="FR">Cet article propose d’étudier les différentes formes de manifestation et de réappropriation littéraire du motif environnemental dans les œuvres de deux auteurs francophones vietnamiens mettant en scène le retour au pays natal d’un personnage principal vietnamien. L’objectif est de montrer les enjeux idéologiques et historiques derrière la représentation littéraire du monde naturel et animal en contexte colonial ou post-colonial. L’analyse révèle en effet des stratégies ambivalentes de remise en valeur du milieu naturel et à travers celui-ci des traditions ancestrales de l’ancienne Indochine française. Ce traitement littéraire spécifique de la nature permet aux auteurs, d’une part de mettre en exergue la tension entre terre d’origine et terre d’accueil, et d’autre part, de remettre en question – de façon consciente ou inconsciente – la dichotomie entre nature et culture, qui se trouve au fondement de la pensée occidentale moderne. La convergence des approches écocritiques et postcoloniales, ainsi que la mise à contribution de la notion d’hybridité, se montrent ici particulièrement pertinentes pour dépasser cette opposition entre nature et culture, qui a permis pendant la colonisation de situer les différents peuples sur l’échelle de la civilisation.</span></p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Aurore Nicolas 2022 https://revue-relief.org/article/view/12381 De la sismopoétique de Nina Bouraoui : La « pensée du tremblement » face aux fractures identitaires dans Le jour du séisme (1999) 2022-06-30T11:54:19+02:00 Alexandra Gueydan-Turek agueyda1@swarthmore.edu <p>Au prisme de la «&nbsp;pensée du tremblement&nbsp;» d’Édouard Glissant, laquelle promeut une vision productive du chaos reposant sur un modèle relationnel, cet article se propose d’examiner l’esthétique du tremblement telle qu’elle se déploie dans <em>Le jour du séisme</em> de Nina Bouraoui. En s’appuyant sur l’évocation du séisme d’El Asnam de 1980, l’autrice franco-algérienne convoque d’autres lieux et temporalités tout aussi traumatiques. A la suite du cataclysme, l’identité de la narratrice, sa mémoire et son enracinement dans&nbsp;la terre natale apparaissent illusoires. Les ondes de choc se propagent au récit : l’écriture sismique fait alors table rase de la fixité et de l’homogénéité pour privilégier des agencements textuels instables et un mode de connaissance relationnel aux apparences désordonnées et incontrôlables. Nous examinerons en quoi la précarité ontologique qui découle de la catastrophe naturelle engendre, pour la narratrice, de nouvelles modalités d’habiter le monde et de se concevoir en tant que sujet, tout en offrant une vision éthique de l’écriture.&nbsp;La&nbsp;‘sismopoétique’ bouraouienne ainsi définie se veut à la fois ekphrasis et stratégie conceptuelle pour repenser la fragilité de&nbsp;l’existence du sujet postcolonial et sa relation précaire à la nature, ainsi que pour échapper aux emmurements identitaires, qu’ils soient fondés sur des concepts nationaux, genrés, ou religieux.</p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Alexandra Gueydan-Turek 2022 https://revue-relief.org/article/view/12382 La représentation interculturelle du désastre nucléaire entre appropriation et écart : deux exemples luxembourgeois 2022-06-30T11:58:28+02:00 Sébastian Thiltges sebastian.thiltges@uni.lu <p class="Reliefrsum"><span style="font-size: 11.0pt; line-height: 115%;" lang="FR">Dans la littérature luxembourgeoise, les centrales nucléaires font partie de l’imaginaire littéraire dès la fin des années 1970. Cet imaginaire est alimenté par l’opposition à deux projets de centrales sur la Moselle et porte la trace, au fil des décennies, des accidents nucléaires qui ont marqué la récente histoire de l’humanité. À partir de ce contexte, la présente contribution cherche dans un premier temps à mettre au jour les multiples liens entre l’écologie et le nucléaire, et corollairement entre les deux champs de recherche qui, dans le cadre des études littéraires et culturelles, en étudient les représentations&nbsp;: l’<em>ecocriticism</em> et le <em>nuclear criticism</em>. En se fondant sur les problématiques communes à ces dernières (temporalité, géographie et subjectivité), l’analyse de deux œuvres littéraires francophones publiées au Luxembourg explore deux manières paraissant diamétralement opposées de décrire la dimension interculturelle de la catastrophe nucléaire, l’une imaginant l’appropriation culturelle construite sur la relocalisation géographique, l’autre mettant en exergue l’écart entre l’événement et sa perception.</span></p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Sébastian Thiltges 2022 https://revue-relief.org/article/view/12385 Compte rendu : Andréas Pfersmann, La Littérature irradiée. Les essais nucléaires en Polynésie française au prisme de l’écriture, Marseille, la courte échelle. éditions transit, 2021. Suivi d’un extrait du livre de Pfersmann 2022-06-30T12:17:53+02:00 Sébastian Thiltges sebastian.thiltges@uni.lu <p>Compte rendu de Andréas Pfersmann, <em>La Littérature irradiée. Les essais nucléaires en Polynésie française au prisme de l’écriture</em>, Marseille, la courte échelle. éditions transit, 2021. Suivi d’un extrait du livre de Pfersmann</p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Sébastian Thiltges; Andréas Pfersmann 2022 https://revue-relief.org/article/view/12386 Compte rendu : Else Jongeneel, L’Illustration en majesté. L’édition Curmer de Paul et Virginie et La Chaumière indienne, Paris, Classiques Garnier, 2021 2022-06-30T12:24:53+02:00 Céline Zaepffel celine.zaepffel.uni@gmail.com <p>Compte rendu de <span style="font-size: 11.0pt; line-height: 115%;" lang="FR">Else Jongeneel, <em>L’Illustration en majesté. L’édition Curmer de </em>Paul et Virginie <em>et </em>La Chaumière indienne, Paris, Classiques Garnier, 2021</span></p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Céline Zaepffel 2022 https://revue-relief.org/article/view/12383 Traduire l’écosophie 2022-06-30T12:02:46+02:00 Emily Apter emily.apter@nyu.edu <p>Le terme <em>« </em>écosophie<em> » </em>– un mot-valise qui rassemble les mots écologie et philosophie – ­a été inventé par l’alpiniste-philosophe Arne Næss en 1973, puis revisité à sa façon idiosyncratique par Félix Guattari dans <em>Qu’est-ce que l’écosophie ?</em>, un recueil posthume d’essais et d’entretiens de la fin des années 1980 et du début des années 1990. Pour Guattari, l’écosophie était un concept critique destiné à contrecarrer la tendance des mouvements écologiques de son temps à faire de la défense des espèces une sorte d’identity politics aisément récupérable à des fins conservatrices. Un « intraduisible » philosophique à bien des égards, le terme écosophie était pourtant absent du <em>Vocabulaire européen des philosophies. Le dictionnaire des intraduisibles </em>(2004) dirigé par Barbara Cassin. En explorant les potentialités de ce terme aussi bien dans ses usages passés que dans ses applications futures, cet article analyse l’écosophie comme un concept politique crucial, en particulier dans ses rapports de convergence et de divergence avec le concept de « planétarité » développé par Gayatri Chakravorty Spivak. Même si l’écosophie guattarienne est tournée vers la micropolitique là où la planétarité spivakienne intervient dans un champ éthique, toutes deux reposent sur une praxis traductionnelle qui favorise l’émergence de nouvelles manières de concevoir (et de nommer) le nomos, le cosmos, l’agentivité, l’altérité et la forme-valeur. En conclusion, l’article imagine des entrées possibles pour le terme d’écosophie dans une nouvelle génération de dictionnaires qui vise à dissocier la justice environnementale des épistémologies coloniales et des vocabulaires monolingues du climat.</p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Emily Apter et Hélène Quiniou 2022 https://revue-relief.org/article/view/12384 La naissance de l’écologi(sm)e. Entretien avec Patrick Matagne 2022-06-30T12:13:43+02:00 Aude Jeannerod ajeannerod@univ-catholyon.fr <p class="Reliefrsum"><span style="font-size: 11.0pt; line-height: 115%;" lang="FR">Ouverte au début du <span style="font-variant: small-caps;">xix</span><sup>e</sup> siècle dans le champ scientifique, la problématique écologique des relations entre les êtres vivants et leur environnement rejoint des préoccupations philosophiques, littéraires, artistiques, historiques et patrimoniales. Elles reflètent la complexité des conceptions relatives à la place et au rôle de l’homme dans la nature. Aux racines de l’écologie et de l’écologisme se trouvent notamment la question de la protection des animaux et celle des paysages. Docteur en épistémologie et histoire des sciences, Patrick Matagne s’intéresse à l’histoire de l’écologie et des pratiques naturalistes, aux enjeux de l’éducation à l’environnement et au développement durable.</span></p> 2022-07-08T00:00:00+02:00 (c) Tous droits réservés Aude Jeannerod 2022